L’agriculture urbaine : une filière d’avenir ?

  • Temps de lecture estimé : 5 minutes
  • Auteurs : Elisa Polegato & Eléa Fournier

Nourrir le monde est l’enjeu primordial du XXIème siècle. Tandis que l’agriculture rurale conventionnelle semble atteindre ses limites (difficultés de production, sécurité alimentaire non assurée…), et que de nouvelles préoccupations apparaissent (l’agriculture biologique, la production locale, …), celle-ci va devoir se réinventer, et diversifier ses pratiques. Un peu partout dans les villes fleurissent des toits végétalisés ou encore des potagers communaux. Paris voit même s’enraciner la plus grande ferme urbaine européenne, Le Perchoir, sur le toit du Parc des Expositions. Mais le développement de cette agriculture est-elle une véritable solution durable, afin de faire face à des enjeux imminents ? 

L’agriculture urbaine peut répondre à des préoccupations actuelles

En milieu rural, il semblerait que les agriculteurs ont de plus en plus de difficultés à vivre de leurs exploitations. En effet, la plupart des produits consommés par les urbains proviennent de l’agriculture maraîchère intensive, implantée dans d’autres pays développés, tels que l’Espagne. Poussés par la volonté de produire soi-même, de nombreux entrepreneurs se sont alors lancés, et les fermes urbaines ne cessent de se développer. Cela est mis en place avec la production de fruits, légumes, de plantes aromatiques ou autres aliments de différentes manières : jardins familiaux ou partagés, culture sous serre dans des parkings qui ne sont plus utilisés ou sur des terrasses d’immeubles, tous les moyens sont bons pour implanter cette nouvelle forme d’agriculture. L’inventivité n’ayant pas de limites, la start up Agricool a même utilisé des containers, afin de produire des fruits et légumes, sans pesticides et accessibles à tous, dans la ville de Paris. La région Ile-de-France souhaite soutenir des projets d’agriculture urbaine, dans la logique du Pacte agricole. L’argent investi dans ces structures ne provenant pas du secteur agricole, ce dernier n’entre donc pas en concurrence avec cette nouvelle forme d’agriculture.

L’agriculture urbaine pourrait permettre de favoriser les circuits courts, car elle permet un accès privilégié à des produits de qualité et locaux, par la vente locale (AMAP, épiceries locales, restaurateurs…). Elle offre également aux consommateurs des produits maraîchers de meilleure qualité, et adaptés à la saison, tout en valorisant une production locale et plus respectueuse de l’environnement (limitation de l’artificialisation des sols, limitation de la pollution grâce à la photosynthèse des végétaux verts, recyclage agricole de co-déchets organiques…). C’est le pari que se sont lancés les producteurs de La Caverne, en 2017. Cette ferme produit des brocolis, des radis, des champignons et bien d’autres, en plein coeur d’un parking souterrain, sans pesticides, ni OGM ! De plus, chaque français ingère plus de 1,5 kg de pesticides par an (d’après Planetoscope), via son alimentation. L’utilisation de ces pesticides sont interdits dans les espaces publics, c’est pourquoi la plupart des produits issus de l’agriculture urbaine sont certifiés bio. Ce n’est pas forcément le cas de produits alimentaires cultivés sur des surfaces privées.

Les produits cultivés par La Caverne

L’agriculture urbaine représente également un avantage non négligeable face au réchauffement climatique. En effet, la production végétale, et globalement la végétalisation des espaces urbains permet une régulation thermique des villes, car l’évaporation des plantes induit une baisse de chaleur et une humidification de l’air. On considère par exemple qu’un alignement d’arbres le long d’une avenue peut diminuer la température de l’air de 2°C, lors d’une journée ensoleillée (d’après Mediachimie). Il pourrait être intéressant de réaliser l’impact réel de ces surfaces agricoles urbaines. De plus, ces installations permettent également de préserver la biodiversité, mise à rude épreuve en espace urbain, notamment pour les insectes pollinisateurs. C’est d’ailleurs l’un des atouts de La Recyclerie, véritable refuge de biodiversité à Paris. Cet espace se compose d’une vaste forêt comestible (formée de plantes aromatiques), et d’une zone préservatrice de biodiversité, grâce à divers animaux (poules qui réduisent les déchets organiques ou bien canards coureurs indiens qui limitent les limaces destructrices…). 

Cette solution est-elle réellement durable ?

Derrière cette solution qui apparaît alors évidente afin de répondre aux enjeux actuels et de combler les lacunes de l’agriculture rurale, se cachent certains inconvénients, qui sont à prendre en compte. En effet, les impacts de cette agriculture urbaine peuvent varier énormément d’une exploitation à une autre, en ce qui concerne les émissions de gaz à effets de serre ou d’intrants chimiques, notamment pour l’agriculture urbaine “entrepreneuriale”, exclusivement tournée vers la production alimentaire, sans tenir compte de l’utilisation, ou non, de pesticides. De plus, afin de contrer les difficultés liées à un certain type d’exploitation, comme l’exploitation en espaces non ouverts, on retrouve une utilisation importante de LED, afin de remplacer la lumière du soleil, essentielle à la croissance des végétaux. 

Il faut également garder en tête que cette solution ne peut pas nourrir l’ensemble de la population, en particulier par manque de surfaces utilisables ou d’accès aux technologies de pointe facilitant la mécanisation et la production à grande échelle. On peut notamment penser au robot potager Farmbot, qui permet de programmer et de gérer son potager en optimisant l’espace et en réduisant l’apport en eau et en intrants, et le rend donc connecté et autonome. Ce type de robot est très onéreux et peu accessible en France. Bien qu’il soit difficile de chiffrer le potentiel de production de cette agriculture urbaine, par manque de connaissance et de développement, des études ont néanmoins été menées à ce sujet. Selon le journal Reporterre, les avis ont convergé vers le même point : ce type d’agriculture ne nourrira pas plus de 10 % de la population. De plus, cette agriculture urbaine n’est pas accessible à tous : les prix sont élevés, et l’accès n’est pas toujours abordable au grand public. C’est donc une population relativement aisée, ainsi que des restaurants qui pourront bénéficier de ces produits.

Pour finir, cette agriculture ne permet que la production de produits végétaux, la production animale étant en effet très limitée, voire impossible. De plus, au sein même des cultures maraîchères, ce sont les produits à forte valeur ajoutée, telles que les plantes aromatiques ou médicinales, qui sont les plus attractifs. Cependant, ils ne constituent pas à eux seuls une source d’alimentation suffisante.

Un modèle cependant ambitieux, dont l’implantation reste donc à nuancer

Si cette agriculture urbaine prend de plus en plus d’ampleur, c’est en particulier car elle permet la reconnexion des urbains au monde rural. Cela implique une consommation de produits de meilleure qualité, et permet d’accorder plus de respect au travail des agriculteurs ruraux, en découvrant une partie du travail qu’ils réalisent, mais aussi d’inclure le citadin dans le processus de production alimentaire. En effet, dans certaines installations telles que les jardins ou potagers collaboratifs, ce sont eux qui les gèrent et assurent la production de denrées. Cette agriculture a également vocation à sensibiliser et à éduquer les gens sur ce qu’ils mangent et sur le monde rural, notamment via le cycle des saisons et les fruits et légumes adaptés, des travaux potagers, et bien d’autres. C’est d’ailleurs l’un des objectifs des trois fermes pédagogiques de la ville de Paris. Leur vocation est la même : permettre au citadins de s’immerger dans le monde agricole, à travers de nombreuses activités et ateliers. Cette culture innovante permet d’approvisionner des circuits courts, et de développer la consommation de produits locaux, mais ne nourrit pas et ne nourrira jamais une ville entière. Il faut garder à l’esprit que tout est à construire, à inventer et un marché important est à développer. En effet, la plupart des techniques utilisées, telles que l’aquaponie ou l’hydroponie, ne sont que très peu maîtrisées. 

Ce développement de l’agriculture urbaine peut être perçu comme un “rêve écologique” des populations aisées. C’est du moins ce qui ressort aujourd’hui dans la plupart des médias, lorsque l’on caricature le “citadin écolo”, ce qui est contradictoire avec la consommation à outrance de cette population. A AgroParisTech, nous avons sur notre toit une surface de 860m², où se trouvent des bandes d’herbe, des dispositifs expérimentaux étudiés dans des bacs, un espace défriché, ayant pour but d’étudier de la biodiversité et même 4 ruches gérées par l’association des apiculteurs du jardin du Luxembourg. Ce projet T4P, projet de recherche innovant pour des Toits Parisiens Productifs, mené depuis 2011 par des professionnels, est ancré dans une réelle démarche scientifique de développement de ce modèle réaliste, rentable et productiviste, plutôt que l’utopie écologique citadine. 

Le toit végétalisé d’AgroParisTech, rue Claude Bernard à Paris

À l’heure où la transition agro-écologique est un enjeu primordial, implanter sa ferme urbaine peut être une réelle carte à jouer. Cela nécessite cependant un travail en amont sur le site de production, les types de culture à envisager ou encore la prévision de la commercialisation des produits. Afin de se lancer au mieux dans ce projet, il peut être intéressant de réaliser des études de marché ou de faisabilité des cultures et des produits souhaités. Chez AgroParisTech Service Etudes, nous sommes en mesure de vous aider à faire grandir vos projets, n’hésitez-pas à nous contacter, nous serons ravis d’échanger avec vous !

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