Le 11 septembre dernier, Camille Poutrin, diplômée d'AgroParisTech et consultante chez Greenflex, est venue échanger avec les étudiants durant la semaine ASE. Pendant plus d'une heure et demie, elle a partagé sans filtre son quotidien d'accompagnement des entreprises et des territoires dans leur transition écologique, et répondu à nos questions sur le conseil pour la transition agricole.
On apprend beaucoup en salle de classe, mais on en apprend davantage quand une personne vient nous parler sans filtre.
Nous qui sommes étudiants en 2026, nous sommes conscients de la crise environnementale que nous traversons. Nous avons choisi AgroParisTech pour agir face à cette crise. Nous en apprenons tous les jours sur le fonctionnement de nos écosystèmes, de nos systèmes agricoles et alimentaires, de nos organismes. Nous acquérons les outils pour mesurer, modéliser, limiter les dégâts. Mais apprend-on vraiment à les déployer ?
Entre la théorie et la réalité
Il y a la théorie, puis il y a la réalité. Trouver un métier qui fait sens, qui résonne avec nos valeurs. C'est ce dont est venue nous parler Camille Poutrin.
Cette alumni, qui a connu les couloirs de Grignon, est venue nous parler de son métier et de son impact au quotidien. Elle travaille chez Greenflex, un cabinet de conseil qui accompagne des organisations et territoires dans leurs stratégies de résilience, vers une économie régénérative. Concrètement, elle fait en sorte que ces structures incluent les normes environnementales dans leur activité économique et puissent aller encore plus loin.
Stratégie biodiversité ou climat, définition d'indicateurs de durabilité, double matérialité… Elle agit comme un moteur au sein d'un écosystème d'acteurs divers, pour atteindre des objectifs communs.
Les entreprises bougent, jamais assez vite
Et alors concrètement, est-ce que ça bouge au niveau des entreprises ? Selon elle, oui ! Jamais assez vite par rapport à l'ampleur des enjeux et à l'accélération, notamment, de la crise climatique et de ses conséquences, mais les choses évoluent.
« Malgré le backlash écologique actuel, les entreprises ont pris conscience qu'elles devaient entamer la transition dès maintenant. »
Camille Poutrin
Dans la salle, les étudiants écoutent Camille avec attention. Mais des points d'interrogation subsistent. Comment les entreprises du secteur agricole, qui doivent se battre avec des objectifs de rentabilité, peuvent-elles financer les étapes de leur transition écologique ?
Cela demande une vision de long terme. La diversification des activités du monde agricole, notamment par la bioéconomie et l'économie circulaire, est la clef de la transition. Cela demande également de la bienveillance et de l'accompagnement. Les agriculteurs sont les plus à même d'agir pour la transition, mais cela nécessite de montrer le changement, d'accompagner, de former.
Le monde agricole face au défi du financement
Et face à la crise agricole et au manque de rémunération ? Camille nous explique qu'elle l'intègre dans la discussion avec ses clients : pour que les industriels de l'agroalimentaire redistribuent davantage, pour que les coopératives forment plus, pour que les banques et assurances contribuent à réduire les coûts…
Camille apporte des éclairages aux coins d'ombre de nos interrogations, et certains sont parfois même surprenants. Si le politique n'a pas les capacités suffisantes pour être à la hauteur du défi, les banques et assurances, voire parfois la grande distribution et les acteurs de l'aval, eux, le peuvent, et certaines l'ont compris. Elles peuvent permettre de faire levier. C'est pourquoi Camille dialogue beaucoup avec certaines d'entre elles, tout en gardant le recul nécessaire. Elle nous cite aussi des exemples d'entreprises qui tirent leur épingle du jeu par l'innovation : nouvelles filières, nouveaux matériaux…
Après plus d'une heure et demie de discussions animées, une dernière question nous taraude. Est-ce que les organisations mettent vraiment en place ce que Camille conseille ? Oui, mais cela demande de la volonté. Les solutions existent et il faut les mettre en place.
« C'est comme un malade qui va chez le médecin mais ne veut pas prendre de médicament car il pense que ça va coûter trop cher. »
Camille Poutrin
De cette rencontre, nous retenons une conviction : la transition n'attend ni de nouveaux outils ni de nouvelles connaissances, elle attend des décisions.
Notre formation nous donne les clés pour comprendre les écosystèmes et les systèmes agricoles. À nous, futurs ingénieurs, de devenir ceux qui aident les organisations à passer du diagnostic au traitement.
Merci à Camille Poutrin pour sa franchise et sa disponibilité.