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Les nouvelles habitudes alimentaires

  • Temps de lecture estimé : 4 minutes
  • Auteurs : Clément Dô, Elisa Polegato, Pablo Rivera Silva

Depuis quelques années le climat occupe une place de plus en plus importante dans le débat public et les dernières élections municipales en font la preuve. C’est en 2018 que le GIEC publie son sixième rapport d’évaluation [1] et lance une alerte au monde demandant un effort dans la lutte contre le changement climatique afin de limiter l’augmentation de la température à “seulement 1.5°C” pour 2050. Cette alerte est adressée aux chefs d’État, conseils d’administration des entreprises, mais aussi aux particuliers. Dans une perspective d’adaptation, le GIEC propose de changer les habitudes alimentaires en “réduisant la consommation de viande et de produits laitiers et en achetant des produits locaux et saisonniers”.  Les habitudes de consommation de la population ne sont plus les mêmes que celles des générations précédentes. Le marché de l’alimentation des prochaines années se verra de plus en plus transformé en raison d’une prise de conscience de l’impact de nos habitudes alimentaires sur le climat, la pollution des sols ou sur notre santé et depuis les années 1990, la 5ème transition alimentaire a débuté et la transition est en cours. Elle s’oriente vers plus de durabilité  dans notre alimentation et nos systèmes alimentaires durables, et vise à implanter une autonomie alimentaire.

L’agriculture biologique un gage de qualité pour les consommateurs

Selon un rapport de l’Agence Bio [2] à propos de la consommation et la perception des produits issus d’agriculture biologique en France, en 2020, les Français ont tendance à augmenter leur consommation de produits issus d’Agriculture Biologique (AB). En effet, 71 % des Français assurent consommer au moins une fois par mois des produits issus de l’agriculture biologique et 14% des Français assurent en consommer tous les jours.  Ce mouvement se ressent particulièrement chez les moins de 35 ans qui ont majoritairement intégré l’agriculture biologique dans leurs repas. En effet, 78% des 25-34 ans et 72% des 18-24 ans consomment régulièrement des produits de l’AB.  La gestion du temps et du budget des consommateurs change également puisque leur consommation se stabilise. A cela,  ajoutons que pendant les périodes de confinement une plus grande partie du temps a été consacrée à la préparation de repas à domicile. Ceci atteste bien d’une remise en question des habitudes de consommations en cherchant un compromis entre la qualité et la quantité. Les changements sont donc à la fois bien perceptibles et sont en accord avec la croissance de l’Agriculture Biologique en France qui rappelons nous était faible il y a 20 ans. Aujourd’hui, de plus en plus d’agriculteurs convertissent leurs parcelles selon les conditions de l’Agriculture Biologique créant  ainsi de plus en plus d’emplois. 

Cette augmentation de la demande pose quelques problèmes au niveau de l’offre puisque la production de produits issus de l’agriculture biologique n’est pas uniforme :  elle varie en fonction des types de produits.  Par conséquent, en 2016, la France a ainsi importé près de 29% des produits bio consommés [3]. Parmi ces produits importés, une moitié est issue de pays membres de l’Union Européenne et l’autre moitié est issue de pays tiers. Quant aux produits exotiques (bananes, mangues, cacao, café…) ou méditerranéens (olives, agrumes,…), ils constituent 43 % des importations en France. Il est donc raisonnable de se poser la question suivante : y a-t-il un marché en local pour les producteurs français ?

Une consommation plus locale…et moins riche en viande !

Outre l’agriculture biologique comme pratique pour lutter contre les défis environnementaux, on observe de plus en plus un volonté de consommer local. Selon le dernier sondage réalisé par IPSOS en 2019 [4], 77% des consommateurs affirment acheter des produits  provenant de producteurs locaux et parmi eux 86 % de seniors et 71 % de jeunes. Cette tendance devrait se poursuivre puisque dans l’opinion des Français , dans 79% des cas, l’origine géographique du produit est jugée primordiale, signe que le commerce de proximité est une habitude de plus en plus ancrée dans les pratiques. Accentuer le budget et les dépenses pour cette économie circulaire et locale prend alors tout son sens. Cette tendance à la consommation locale s’accompagne depuis 2012, d’une stabilisation de la consommation de viande par habitant autour de 85 kg/habitant/an [5]. Mais si on le regarde encore plus loin, depuis 1998, elle a diminué de 9%. Aujourd’hui les Français ont une consommation de viande équivalente à celle des années 70. Probablement qu’avec l’augmentation de l’offre des nouvelles alternatives à la viande comme la spiruline ou les légumineuses, la consommation de viande continuera à diminuer pendant les prochaines années.    

Afin de palier le manque à venir liés aux produits alimentaires que nous consommons actuellement, il semble nécessaire de trouver de nouvelles alternatives, en particulier végétales. Tout d’abord, nous pouvons nous intéresser à des légumineuses, comme par exemple les lentilles, qui sont une très bonne source de fer, et qui peuvent, en partie, remplacer la consommation de viande sur certains repas. Depuis quelques années, c’est de tous nouveaux types de légumineuses qui font surface, tels que le soja, qui est très riche en protéines végétales. Il contient 8 des acides aminés essentiels pour l’Homme, et est une très bonne source de protéines. Selon l’Université de Harvard, une étude a prouvé en août 2016, qu’augmenter sa consommation de protéines végétales ne serait-ce que de 3 % diminuerait de 12 % le risque de décès liés aux maladies cardiovasculaires. Ce nouveau mode de consommation n’est donc pas seulement favorable à l’environnement, mais également à notre santé. Enfin, on peut également trouver un tout nouveau type d’aliment qui présente de nombreux avantages, et qui tend à se développer de plus en plus : les aliments à base de spiruline. Cette microalgue, en réalité utilisée depuis de nombreuses années, car les Aztèques la cultivaient déjà, contient une source complète de protéines, de vitamines, de minéraux et de phytonutriments. Elle possède aussi des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. A Paris, la ferme urbaine Algorapolis produit de la spiruline fraîche, et suit une politique responsable. En effet, la spiruline est livrée toute l’année à vélo dans un rayon de 20 km, et leur pâte de spiruline fraîche n’a subi aucune transformation. Cette startup, soucieuse de l’environnement, a une culture de très faible consommation énergétique, et poursuit une logique zéro déchet grâce à une production en circuit fermé. Pour ce genre de sources végétales, il est important de se demander si cette consommation peut s’étendre à grande échelle et tendre vers une généralisation, ou si ce marché est seulement un marché de niches.

Nous pouvons également nous intéresser à de nouveaux types de protéines animales, très peu développées aujourd’hui. On peut notamment penser à la consommation d’insectes, pratique relativement courante dans certains pays du monde. Cette consommation peut aussi bien être destinée aux animaux. On peut notamment penser à la pisciculture et farines d’insectes ou encore la pet food, développée en France par la start up Tomojo, qui réalise des croquettes pour chien et pour chat, à base d’insectes. Elle peut également s’orienter vers les Hommes, avec des insectes sous forme de steaks, de chips, et bien d’autres. Bien que la plupart des consommateurs soient réticents à ce nouveau mode alimentaire, il présente de nombreux avantages, et pourrait répondre aux enjeux du développement durable. Le faible impact écologique, la qualité nutritionnelle et les espaces de productions réduits sont les principaux arguments mis en avant par les producteurs, tels que la start up Cycle Farm, qui possède un site de production en Afrique, et qui visent à long terme l’implantation de cette filière sur le marché mondial et non seulement européen. Cependant, de nombreux progrès sont à faire, car ni la législation, ni l’industrialisation ne sont prêts à implanter totalement ce nouveau mode alimentaire. Le modèle agro industriel actuel a une faible résilience avec une forte vulnérabilité face aux risques sanitaires, économiques, environnementaux et sociaux, qui freinent ce développement.

À l’heure où cette transition agroalimentaire est un enjeu primordial et où l’implantation de nouveaux marchés est en plein essor, la création de startups spécialisées dans la  production ou commercialisation de ces nouveaux modes alimentaires peut être une réelle carte à jouer. Cela nécessite cependant un travail en amont sur le site de production, l’accueil des produits sur le marché ou encore la prévision de la commercialisation des produits. Afin de se lancer au mieux dans ce projet, il peut être intéressant de réaliser des études de marché ou de faisabilité des aliments et des produits souhaités. Chez AgroParisTech Service Etudes, nous sommes en mesure de vous aider à faire grandir vos projets, n’hésitez-pas à nous contacter, nous serons ravis d’échanger avec vous !

Bibliographie : 

[1] : IPCC, 2018: Global Warming of 1.5°C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J.B.R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M.I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, and T. Waterfield (eds.)]. In Press,p362.
[2] AGENCE BIO – baromètre de consommation et de perception des produits biologiques en France – Edition 2020
[3] Agence BIO/AND-I 2017 
[4] Ipsos – Les Français et la consommation en circuit local – Leclerc – Octobre 2019
[5]  FranceAgriMer – La consommation de produits carnés en 2018 , ÉDITION octobre 2019.

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