Agroalimentaire aquaculture environnement

La pêche, un phénomène aux impacts méconnus sur l’environnement

  • Auteure : Clara Bolac
  • Temps de lecture estimé: 7min

Face à la prise de conscience climatique, de nombreux français songent à se tourner vers un régime pesco-végétarien (sans viande mais avec du poisson). Mais sait-on réellement quel est l’impact de la pêche ou de l’élevage sur l’environnement ?
Alors que plus de 1000 milliards de poissons sont pêchés en pleine mer chaque année, soit environ 90 millions de tonnes, les rejets liés à une pêche peu sélective ou bycatch représenteraient 8% du volume global des prises selon la FAO et 40% selon WWF. Le problème étant que les rejets d’animaux marins aboutissent quasiment systématiquement à la mort de ces derniers. De plus, certains modes de pêche assez répandus seraient la cause d’une forte pollution ainsi que d’une importante baisse de la biodiversité marine.

L’élevage représente-t-il une solution durable pour approvisionner le monde en poissons ?

Là où la pêche maritime provoque la destruction de certains écosystèmes, ainsi que la mise en danger de certaines espèces, l’élevage pourrait se présenter comme une solution à ces problèmes. En effet, les problèmes de sélectivité des filets en mer ne se posent pas en aquaculture.

Les systèmes d’élevage fournissent déjà environ la moitié du poisson consommé mondialement. En 1994, étaient consommés en moyenne par an et par personne 16,5kg de poissons dont 40% issus de l’élevage. Actuellement, la consommation est de 20kg par an et par personne, dont 50% issus de l’élevage.

Pourtant, ces chiffres en croissance posent la question de la provenance des poissons d’élevage qui reste trop souvent méconnue. Prenons par exemple le saumon, poisson particulièrement apprécié des Français. En moyenne, 208 000 tonnes sont importées chaque année contre 1500 tonnes produites en France. C’est pourtant l’un des poissons d’élevage le plus « local » car il se développe particulièrement bien dans les eaux froides de Suède et de Norvège par exemple.

Un élevage de saumon en Norvège

Ce n’est en revanche pas le cas si l’on considère l’ensemble des espèces. En effet, 89% du poisson d’élevage provient d’Asie dont 61% de Chine et seulement 0,4% d’Europe de l’Ouest. Le problème des législations se pose donc. En effet, les médicaments et la nourriture utilisés ou encore les conditions sanitaires des élevages sont soumis à des normes bien moins contraignantes en Asie qu’en Europe.

Nous pouvons également nous interroger sur l’impact de l’élevage sur notre environnement, du fait non seulement des transports nécessaires pour approvisionner les marchés de consommation, mais également par les farines animales utilisées pour nourrir les poissons d’élevage. En effet, pour produire un kilo de saumon, il faut capturer 5 kilos de poissons sauvages, qui serviront ensuite de nourriture sous forme de farine animale.

Peut-on alors considérer la pêche maritime comme une solution plus durable ?

Il faut distinguer plusieurs modes de pêche pour répondre à cette question. Le chalutage pélagique, le chalutage de fond ainsi que la pêche à la senne sont à l’heure actuelle celles qui aboutissent aux plus grandes quantités de poissons pêchés. Il faut savoir que la pêche artisanale perd du terrain chaque année et que ce sont de véritables géants des mers tel que le bateau Lafayette, mesurant 229 mètres de long et détenu par la Chine, qui pêchent plus de la moitié de la consommation mondiale. Ainsi, dans le monde, 1% des navires pêchent 50% du poisson. Quelles sont les méthodes utilisées pour arriver à une telle efficacité ?

Le chalutage pélagique

              Abordons tout d’abord la question du chalutage pélagique. Ce mode de capture représente environ 80% de la pêche française. Cela consiste à tirer un filet en forme d’entonnoir entre la surface et le fond de l’eau. Le filet ne touchant pas le fond, les écosystèmes immobiles sont préservés. Cependant, les espèces de Cétacés sont bien souvent accidentellement capturés. Un autre problème se pose avec ce système, la taille du filet (70x80x150m) ainsi que la tendance des poissons pélagiques à se déplacer en bancs, favorise fortement la surpêche.

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Le Scombrus, chalutier français de 80m de long

Ce type de bateau travaille en moyenne 220 jours par an et 12h par jour. [1] En France par exemple, le plus grand chalutier a été inauguré en 2020 sous le nom de Scombrus, il ramène en moyenne 120 tonnes de poissons par jour sur les ports. Etant donné que le filet peut couvrir des amplitudes de profondeur importantes, les juvéniles et les reproducteurs n’ont plus de lieu de refuge. Cependant, la sélectivité des filets est en constante amélioration, ce qui permet de limiter les captures non désirées, telles que celles des dauphins ou des espèces protégées.

Le chalutage de fond

Le second mode de pêche fortement répandu est le chalutage de fond. Le système consiste à tirer un filet lesté, permettant de racler le fond des mers et océans. Ces bateaux ont pour objectif de pêcher les espèces telles que le cabillaud, la sole ou encore le turbot.

Tous artisans de la Pêche Durable à Port Fréjus dans le Var
Chalutage de fond et filet lesté (copyright)

Le principal problème de ce type de pêche est le raclage des fonds océaniques. En effet, ces fonds constituent un des plus grands réservoirs de carbone au monde. Lorsque les filets touchent les sédiments marins, le carbone sédimentaire peut être réactivé, ce qui conduit à la libération de CO2 et donc à l’acidification des océans. Ce phénomène diminue leur capacité à absorber le dioxyde de carbone, et augmente donc indirectement la quantité de CO2 présente dans l’atmosphère.

D’après un article publié dans Nature [2], ce type de pêche serait à l’origine de 0,6 à 1,5 gigatonnes d’émissions de carbone par an, contre 1 gigatonne par an pour l’industrie aéronautique. [3] Ces chiffres sont alarmants mais malheureusement peu connus du grand public.

Ces méthodes de pêche prennent particulièrement place dans les Zones Economiques Exclusives (ZEE). Heureusement, ces zones sont soumises aux réglementations nationales, contrairement aux eaux internationales. Il est donc envisageable de protéger les fonds marins et leur biodiversité par la mise en place de quotas de pêche par exemple.

La pêche à la senne

Un troisième mode de pêche régulièrement pratiqué est la senne [4], provenant du nom du filet utilisé. Les thoniers partent pour environ 25 jour en mer et lâchent en moyenne de 1 à 3 fois par jour le filet en mer, remontant en moyenne 15 à 30 tonnes de poissons à chaque tentative. La senne est conçue de manière à encercler les bancs de poisson avant de les remonter à la surface, elle mesure en moyenne 2km de long et est de forme rectangulaire. Elle est utilisée notamment pour capturer des thons et des poissons bleus, tels que le maquereau, l’anchois et la sardine. L’avantage de cette méthode est sa grande sélectivité. En effet, les poissons visés se déplaçant en bancs, il est plus simple de sélectionner les espèces. Le filet ne touchant pas le fond, cela n’a pas d’impact sur les habitats marins.

D’un autre côté, des associations de protection de requins dénoncent les thoniers, bateaux pratiquant cette pêche, car ils seraient responsables de la mise en danger de plusieurs espèces de requins et de thons. [5] En effet, les thons représentent 80% des captures et à chaque coup de senne, environ 10 requins sont accidentellement pêchés. A cause des conditions de survie difficiles dans les filets, 85% de ces requins meurent avant d’être relâchés en mer.

Heureusement, des progrès sont réalisés chaque jour. Par exemple, afin de limiter l’impact de la pêche à la senne sur la biodiversité, la CTOI (Commission thonière de l’océan Indien) [6] a imposé la présence d’observateurs à bord de ces bateaux, ce qui est généralement assez bien accepté par les pêcheurs. Cela permet de surveiller le respect des quotas imposés sur les 16 espèces que contrôle la CTOI. Mais ces observateurs vérifient seulement le permis détenu par les thoniers pour la pêche aux thons et aux requins ainsi que les zones où ils naviguent.

Zone de compétence de la CTOI

Ainsi, la pêche tout comme l’élevage approvisionne la consommation mondiale avec des quantités toujours plus importantes. Ceci est préjudiciable pour l’environnement, la biodiversité ainsi que la qualité même du poisson vendu. Cependant, des organismes se battent pour imposer le respect des lois, tel que Sea Shepherd [7]. Dans le même temps, des progrès sont réalisés d’un point de vue technologique mais également législatif. Si ces éléments encourageants ne semblent pas suffisants à certains consommateurs, il est toutefois possible de contrôler l’origine ainsi que les conditions d’élevage du poisson que l’on achète, grâce à certains labels.

L’ASC (Aquaculture Stewardship Council) par exemple, a été créé par WWF et est un écolabel en aquaculture. Il tient compte du degré d’impact sur l’environnement et sur la société, ainsi que de la valeur marchande et de l’importance commerciale au niveau international du système d’élevage. Le label « biologique » quant à lui, assure que les poissons d’élevage sont élevés en respectant des critères stricts tels que la nature de l’alimentation animale, la densité d’animaux dans les cages, la non-utilisation de pesticides ou encore la nature biologique des compléments végétaux qui leur sont fournis. [8]

Le label biologique et l’ASC

D’autres labels existent également pour la pêche maritime, prenant en compte le respect de l’environnement ou encore la qualité des produits pêchés. La pêche en eau douce représente également une alternative durable puisqu’elle reste souvent assez locale, avec de faibles quantités de poissons pêchés. On retrouve par exemple sur les étals de l’anguille, de la civelle ou encore du mulet. Elle est très réglementée sur le territoire français, notamment par deux grands textes : la loi du 29 juin 1984 relative à la pêche en eau douce [9] et par la loi sur l’Eau de 2006 [10].

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