Les néonicotinoïdes, entre besoin des agriculteurs et dommages environnementaux

  • Auteurs : Xavier Bramaud et Pauline Faucher
  • Temps de lecture estimé : 4min

Utilisés dans une grande majorité des cultures, les néonicotinoïdes ont été bannis de l’agriculture française en 2018 car ils présentaient un danger pour l’environnement. Malgré une adaptation rapide du monde agricole, un secteur reste largement touché par cette interdiction : le secteur de la betterave sucrière a subi de grandes baisses de rendements l’année suivant la disparition des néonicotinoïdes. En effet, les plants de betterave sont affectés par une maladie transmise par un puceron, la jaunisse de la betterave, que cet insecticide permettait d’éviter. Une dérogation temporaire de 120 jours à compter du 06 février 2022, permettant à nouveau l’utilisation de ces pesticides dans les cultures de betteraves sucrières, a été décidée [1]. Peut-on comprendre la réautorisation des néonicotinoïdes pour l’année 2022 ?

Des apiculteurs en colère et un milieu contaminé

Lors des premières phases de son développement, la betterave sucrière est sensible à la jaunisse transmise par les pucerons. Afin d’éviter de perdre une partie de la récolte, les graines étaient donc aspergées de néonicotinoïdes. Suivant l’année d’interdiction du pesticide, les récoltes ont chuté de plus de 30%, chiffre donné par des agriculteurs et confirmé par l’industrie du sucre. 

Cependant les néonicotinoïdes sont responsables d’un effet neurotoxique sur les insectes, notamment les abeilles. L’une des raisons de cet effet est la rémanence importante des molécules dans les sols, qui sont lessivées et contaminent les alentours. Ainsi, depuis l’apparition des néonicotinoïdes dans les régions où les cultures de betterave sont importantes (l’Indre par exemple), la production de miel a chuté d’environ 75% (d’après l’UNAF, Union National de l’Apiculture Française). Aussi, l’effet toxique de l’insecticide a fait augmenter la mortalité des reines et des ouvrières, entrainant une forte augmentation de la demande. 

Par ailleurs, les néonicotinoïdes ont un temps de résidence important dans les sols, allant jusqu’à plusieurs années, entrainant un épandage de l’insecticide dans l’environnement et une diminution de la biodiversité. Il existe cependant des alternatives aux néonicotinoïdes : on peut trouver des insecticides d’origine naturelle ou bien des insecticides ciblant plus précisément les pucerons ou ravageurs. De nouvelles méthodes d’agriculture sont également proposées, comme par exemple le fait de semer les plants plus tard dans l’année afin d’éviter la période de présence des pucerons (dans le cas des betteraves sucrières). Ces méthodes d’agriculture biologique ne sont cependant pas aussi efficaces en terme de rendements que l’agriculture traditionnelle.

Une industrie touchée et défendant l’usage des néonicotinoïdes

Malgré les effets néfastes des néonicotinoïdes, la nouvelle dérogation est soutenue par les industries du sucre. En effet, après l’interdiction de ces insecticides en 2018, l’industrie sucrière a perdu plus de 270 millions d’euros. Les industriels défendent le côté inoffensif des néonicotinoïdes du fait que les molécules sont seulement présentes sur la graine et ne se retrouvent pas à l’air libre. Cet argument est attaqué directement par les anti-néonicotinoïdes pour les raisons citées précédemment.

De plus, l’interdiction définitive des néonicotinoïdes pourrait avoir un impact social important. Pour l’instant, il n’existe pas d’alternative efficace à l’insecticide, l’agriculture biologique ne produit pas assez de matière première pour faire fonctionner les usines de sucre. Par conséquent, des usines ou filières entières pourraient être amenées à fermer, entraînant une forte vague de licenciements (plus de 10 000 emplois pour certains grands groupes). Pour éviter ces licenciements, la baisse des rendements pourrait obliger ces usines à importer des betteraves. Cette solution impliquerait une augmentation des prix des produits finaux ainsi qu’un impact environnemental important dû au transport et à la potentielle utilisation de néonicotinoïdes dans cet autre lieu de production. 

Cette controverse se retrouve au sein de débats politiques, elle est notamment citée dans le cadre des campagnes présidentielles. Au parlement européen, ce sont EELV qui sont pour une interdiction définitive au sein de l’Europe, proposition freinée par l’ensemble des industriels qui plaident contre.

Le débat des néonicotinoïdes n’est qu’une controverse parmi de nombreuses autres au sein de l’agriculture française. Par exemple, certaines réformes de la PAC, comme les aides à l’hectare sans plafonnement ni dégressivité, entraînent elles aussi des désaccords.

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